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Vanessa Lewi :
The Community Manager du CSN

Mardi, il pleut sur Paris, et l’avenue de la Tour Maubourg est vide et grise sous les gouttes. Mais le sourire et l’amabilité du réceptionniste du CSN font vite oublier la morosité extérieure. J’ai rendez vous avec Vanessa Lewi pour comprendre comment et pourquoi le Conseil Supérieur du Notariat communique via les réseaux sociaux.

Elle arrive, vive et aimable, nous déambulons dans les couloirs du 2e étage de ce splendide hôtel particulier qui abrite la plus haute instance du Notariat Français.

Je ne m’attendais pas à trouver le censeur des réseaux sous les traits de cette jeune femme, au regard malicieux et dont le rire est toujours prêt à éclore.

Je n’ai pas réellement besoin de formaliser mes questions, Vanessa Lewi les anticipe et me raconte l’aventure de la communication digitale au CSN.

Depuis 2011, le CSN a été pourvu de comptes sur les réseaux Facebook, Twitter et Youtube, mais sans réellement les utiliser. Ils sont là parce qu’ils servent (un peu) de relais au site notaires.fr.

Parallèlement, depuis 2007 au CSN Vanessa Lewi, crée MediaNot, dont elle est présidente, en 2013, pour proposer des outils informatiques de communication, comme, par exemple, l’offre Prisme (générateur de sites et d’affichage dynamique), à destination des notaires des instances, et de leurs salles d’attente (diffusion de vidéos sur l’actualité notariale).

En 2013, elle prend conscience que les comptes Twittter et Facebook ne sont pas optimisés et propose au bureau du CSN de les réactiver afin d’intensifier la communication externe, le travail sur l’image du notaire faisant partie des sujets récurrents.

Sa première action est de mettre en place une veille sur les réseaux sociaux afin de synthétiser tout ce qui se dit sur la profession et ses domaines de compétence. Très vite elle est submergée par la masse d’informations qui en émane (236 000 mentions représentent la moyenne mensuelle des citations sur les mots clés de la profession) et doit restreindre le nombre de mots clefs. Il est alors décidé d’utiliser les services d’une prestataire qui, au quotidien, qualifie les informations les plus pertinentes. Le bureau du CSN reçoit chaque jour la synthèse sur l’actualité et les sphères d’activité de la profession.

Chaque mois un rapport quantitatif et qualitatif sur l’info des réseaux est envoyé au bureau dont les membres perçoivent peu à peu l’importance et le côté incontournable.

En juin 2014, lorsque les ministres Montebourg puis Macron commencent à « s’intéresser » de trop près au notariat, certains notaires twitteurs étalent leurs désaccords en public ce qui amène Vanessa LEWI à penser qu’il y a sans doute un peu de pédagogie à dispenser sur l’outil.

Et pourtant, en 2013 elle avait créé un guide à l‘intention des notaires, des instances et des collaborateurs : le guide des médias sociaux.

Mais nul n’est prophète en son pays

Elle décide donc d’accompagner les notaires pour les aider à bien utiliser ces outils et permettre aussi d’unifier la voix de la profession. En été 2014, le CSN s’engage sur les réseaux sociaux pour sa communication interne. Il est important que les notaires twitteurs respectent la déontologie.

En août 2014, désireuse que le CSN s’exprime sur les réseaux via la base, elle repère les notaires « vertueux » sur Twitter et leur propose de communiquer en ligne sur les axes de défense du CSN qu’elle leur fournit en avant première. Lors de la grande manif de septembre, huit notaires twittent avec elle en bas de la tribune. Expérience intéressante qui démontre que l’information est parfaitement et immédiatement relayée à toutes les parties sans passer par les filtres politiques ou médiatiques.

Les ambassadeurs du Net

En décembre, à la demande pressante de notaires sur les réseaux, elle organise une réunion pour leur permettre de se rencontrer et de s’organiser face aux attaques de la loi.

Parmi les 80 participants de cette première rencontre, on peut y voir les notaires furibards, l’Association des Jeunes Notaires, l’ASPN, seul groupe qui regroupe des notaires et des collaborateurs, et bien d’autres encore. A cette occasion elle invite un spécialiste des réseaux qui donne une conférence sur la bonne utilisation des réseaux sociaux.

Tout cela amène les membres du Bureau à comprendre qu’il ne fallait pas rater ce qui se passe sur ces réseaux sociaux, à admettre que ce sont de nouveaux médias à part entière.

Cela évolue cependant doucement… la profession avance prudemment sur le sujet, à petits pas…

Facebook et Twitter sont les réseaux les plus couramment utilisés

Le compte Facebook du CSN dénombre 8492 amis, ce qui est très honorable. Etonnamment ce sont principalement des particuliers. Et si jusqu’à présent il y avait beaucoup de posts et peu de réponses c’était essentiellement faute de moyens et parce qu’il est impossible de répondre à des questions qui évoquent des affaires particulières comme c’est souvent le cas.

Le compte Twitter compte 6 574 abonnés, notaires, journalistes, politiques, instances, mais il est parfois difficile de savoir qui se cache sous des pseudos.

Pour gérer ces comptes mais aussi les 236 000 mentions mensuelles, Vanessa LEWI embauche une journaliste juridique spécialisée dans le web.

« Pour gérer ces comptes et les faire vivre, nous suivons une ligne éditoriale dictée par les évènements, les domaines d’activités et l’actualité de la profession, en relations avec le Bureau et avec les différents services de CSN, mais nous utilisons aussi la propriété de ces outils de l’instant, et produisons de l’information immédiate. »

Avec un petit sourire Vanessa ajoute qu’elle a cependant acquis la très fameuse « réserve notariale ».

Aujourd’hui, que vous a permis l’utilisation accrue de ces réseaux ?

En communication externe :
Certainement une amélioration de l‘image du notaire auprès du grand public, des journalistes et des politiques. Tout cela passe par la pédagogie : faire découvrir tout ce que peut faire un notaire, son rôle social d’officier public.

En communication interne :
Cela rapproche le Bureau de la base. Sans Twitter ils n’auraient peut-être jamais connu Caroline Jeanson et ses notaires furibards. Il y a réellement une communication instantanée et directe entre les notaires. Cela libère la parole.

Il n’y avait aucun autre moyen de communication directe permettant à la base de s’exprimer, ni blog, ni forum. Malgré une tentative de forum installé sur le site, mais qui avait rapidement cessé d’exister.

Quels sont les problèmes que cela implique ?

Cela donne beaucoup plus de travail, en continu, même durant les week-ends et les vacances, on ne peut laisser passer un tweet négatif ou faux sans réagir immédiatement du fait de l’instantanéité de l’information et de sa retransmission immédiate.

Cela oblige aussi à dialoguer avec ceux qui prennent la parole sur les réseaux, les furibards et bien d’autres. Cela complique donc et shunte les circuits classiques de communication interne (pyramide hiérarchique du CSN vers la base en passant par les délégués et les chambres).

Il faut aussi aider les instances locales à utiliser ces réseaux. Vanessa Lewi a donc créé un second guide à leur intention : Développez votre influence sur les réseaux sociaux

« Si parfois il y a des tweets ou des blogs agressifs ou opposants, on ne répond pas systématiquement. Avant tout par respect de la liberté d’expression, et aussi parce que certains détracteurs n’ont pas forcément une grande visibilité. Donner du crédit aux attaques nauséabondes peut entrainer dans une spirale inutile et chronophage ».

Cela complique aussi la transmission de l’information à cause de l’instantanéité du media. Ainsi une information réservée à la profession sera certainement diffusée immédiatement sur les réseaux alors qu’il était convenu qu’un journal ou autre média classique en aurait l’exclusivité. Les instances accordant encore un crédit supérieur à la presse écrite ou radio TV.

En conclusion, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, même si en très peu de temps, et un peu «grâce » à Monsieur Macron des pas de géants ont été faits. Encore trop peu d’instances utilisent ces médias précieux et actuels. (Aujourd’hui, seule une vingtaine d’instances ont un compte twitter).

L’évidence de la maîtrise de l’information notariale sur les réseaux par le CSN se pose de manière cruciale.

Caroline Lambert

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