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Le Clos du Notaire

François Millier ou le film
d’une vie

Il a le sourire jovial et aime parler de ce qui le passionne : le cinéma et son étude notariale. François Millier est un notaire parisien qui nous confie sans détour sa fascination pour le 7ème art qu’il affiche abondamment dans son étude.

Lumière, caméra… action ! Tout est prêt pour ce film qu’il adore raconter.

Des films, il en a vu beaucoup et dès qu’un notaire entre en scène, il le remarque et ne peut s’empêcher de l’analyser. François Millier, notaire et réalisateur, a toujours mêlé ses deux passions et il n’est pas anodin que son mémoire de DSN soit intitulé Mon notaire fait son cinéma. En 1997, il réalise Au revoir Antoine et en 2005, un documentaire Archives et notaire, à la demande du Gnomon. François Millier, finalement, aime avant tout raconter des histoires.

Le sujet de votre mémoire de DSN est un thème assez atypique ?
Absolument, je voulais avant tout traiter d’un sujet de mémoire original qui puisse exister au-delà de sa soutenance qui s’est déroulée en 2001. Quand vous soutenez un sujet plus classique, vous le défendez devant votre directeur de mémoire, puis il n’intéresse plus personne. Je voulais donc traiter d’un sujet qui me poursuive et votre présence ici montre que j’ai eu raison de ce choix (rire). Et toujours animé de la volonté de me singulariser, j’ai soutenu mon mémoire dans un local squatté par un réalisateur sous le Pont Alexandre III.

Le lien entre le cinéma et le notariat vous est toujours apparu comme naturel ?
Pendant mes études de droit avec un ami aujourd’hui avocat, je m’étais lancé dans l’écriture et la réalisation de courts-métrages; lui était le comédien, moi, le réalisateur et metteur en scène, et cela a bien fonctionné. Nous tournions en Super 8 [format de bobine de film qui n’était déjà plus d’actualité], et nous avons été primés dans des festivals.
Après je suis passé au 16 mm et même au 35 mm.
Nous étions au début entre amateurs, mais au fur à mesure, j’impliquais des techniciens qui sont aujourd’hui des professionnels.

Pour vous, faire coexister votre sensibilité de cinéaste et votre vie de notaire, est-il naturel ?
Oui, parce que je n’ai pas besoin de me forcer pour le faire. Je suis sans doute considéré dans le notariat comme atypique, mais j’assume complètement cette double casquette. Cela m’a d’ailleurs permis de nouer des liens avec des personnalités du cinéma qui sont devenus des clients.
(Il sourit) Je pense à une comédienne notoirement connue qui croise un producteur non moins connu dans ma salle d’attente l’année dernière, surpris et amusés de se retrouver chez moi.

Vous avez réalisé un film, en 1997, comment s’est déroulé cette expérience ?
J’ai réalisé « Au revoir Antoine » après mon service militaire, avant de commencer à travailler dans une étude de notaire. Même si le résultat était parfaitement présentable ce qui indéniablement m’a donné envie de poursuivre, j’ai préféré me diriger vers un métier plus sécurisant, mais tout en essayant de continuer à toucher un peu au cinéma. C’est pour cela que j’ai aménagé un banc de montage dans la pièce dédiée au serveur informatique de l’étude, bien au frais (mais chut… que cela reste entre nous). Malheureusement j’en profite très peu, mais la simple idée de savoir que je peux y faire un tour, apporte une part de rêve à mon quotidien.

Finalement, ne parle-t-on pas de la même chose, dans l’exercice du notariat et au cinéma, d’histoires de vies?
Le notaire est finalement un écrivain, un écrivain public qui raconte des histoires confidentielles.
Je suis confronté à un scénario chaque jour, à chaque rendez-vous, et j’entends des histoires parfois extraordinaires. Je ne parle pas seulement des histoires de familles, je parle du quotidien et des circonstances des dossiers.
Ainsi, avant que vous n’arriviez, j’étais avec un client, mon téléphone sonne, c’est un de ses amis qui m’appelle, celui-là même qui nous avait présentés il y a vingt ans alors que je ne vois que très rarement l’un comme l’autre. C’est du Lelouch ! (rires).
Je serai d’ailleurs ravi qu’un de mes clients réalisateurs me confie un petit rôle de notaire. Ça a déjà été évoqué. Ça se fera peut-être un jour.
Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, auteurs-réalisateurs du Prénom m’ont déjà fait l’honneur de citer mon nom dans ma fonction de notaire deux fois dans leur dernier film (Un illustre inconnu, avec Mathieu Kassovitz). Je l’ai découvert en lisant le scénario.

etude-francois-millier

Dans l’histoire du cinéma, il y a eu beaucoup de rôles de notaires.
Oui, mais moins que des médecins par exemple et les avocats sont encore plus représentés.
Parmi les personnages de notaire, les plus souvent cités sont dans les Tontons Flingueurs, même si je doute que Maître Folasse, sous les traits de Francis Blanche, ait un jour exercé en tant que notaire et dans Le Zèbre, réalisé par Jean Poiret, tiré d’un roman d’Alexandre Jardin où Thierry Lhermitte joue le rôle du notaire.

Lorsque le notaire entre en scène dans un film, il a toujours le même rôle ?
Dans les années 50, lorsque le notaire apparaît, c’est pour rappeler la loi; il est en général filmé dans son étude et rappelle de grands principes juridiques; il est très sérieux voir austère.
Dans les années 60, on veut le singulariser, c’est un notaire qui peut faire du business dans le mauvais sens ou être mêlé à des affaires sordides. Je pense notamment à Michel Galabru dans un film de Jean-Pierre Mocky dans lequel il manipule des billets de banque (La bourse et la vie) et les range précipitamment dans son coffre-fort avant l’arrivée d’un client; ou alors un personnage de notaire à qui des financiers peu scrupuleux proposent des affaires( dans un film avec Fernand Raynaud (L’auvergnat et l’autobus).
Dans les années 80, le notaire sort de son étude ; il est montré dans sa vie privée et finalement, le fait qu’il soit notaire est assez secondaire. Je pense à Ma saison préférée, de Téchiné, avec Catherine Deneuve et Daniel Auteuil. Ils sont frère et sœur, l’un est chirurgien et l’autre est notaire, c’est d’ailleurs à ma connaissance la première fois qu’une femme notaire apparaît à l’écran. On voit deux scènes dans l’étude, mais le scénario traite essentiellement de sa vie familiale.
Je pense enfin à ce documentaire, Pardevant Notaire, qui a été produit pour Arte et qui raconte l’univers quotidien d’un notaire rural. On y voit combien ce notaire joue un rôle essentiel dans la vie locale (n’en déplaise à Monsieur Macron).

En 2005, vous avez réalisé un film documentaire intitulé Archives et Notaires
Oui, sur proposition du Gnomon, on m’a confié la réalisation d’un petit documentaire sur les archives des notaires en raison de mon expertise. Le documentaire a été distribué dans tous les services d’archives de France.
J’ai été ravi de cette expérience et de la possibilité qui m’a été donnée de m’exprimer sur un plan artistique au service de ma profession.

affiche-moune-et-son-notaire

Était-ce une évidence de marquer votre étude de l’empreinte du cinéma ?
Évidemment ! Si je peux exercer ma profession dans un cadre qui laisse transparaître ma sensibilité artistique, je suis le plus heureux des notaires. J’ai notamment accroché ces affiches de films sur lesquelles au moins l’un des personnages du film est un notaire. Dans l’entrée de mon étude, il y a l’affiche de Moune et son notaire, à ma connaissance le seul film dont le mot notaire est contenu dans le titre.
Cette décoration me semble trouver parfaitement sa place entre l’Opéra et l’entrée des artistes du Théâtre Édouard VII. D’autant que tous les comédiens qui jouent à Édouard VII quittent le théâtre le soir, en passant sous mon étude. Et surtout que l’on ne me dise pas que çà ne ressemble pas à une étude de notaire. J’ai préservé toutes les caractéristiques d’une étude typique parisienne du 19ème siècle. Pour la clientèle, l’harmonie entre ma personnalité peut-être atypique pour un notaire et la décoration de mon étude est un élément important qui rend, je pense, d’autant plus crédible mon travail.

Votre site Internet affiche, lui aussi, cette tendance artistique…
Ah oui (rire), à l’époque (en 2007) j’ai pu entendre que c’était très audacieux comme façon de communiquer pour un notaire. Mais cela ne m’a causé aucun préjudice, au contraire.
Je suis en train de relooker le site et j’espère ne surtout pas tomber dans la normalité !

Dans quel film, traitant des notaires, vous identifiez vous le plus ?
Mon ami Alexandre Jardin m’ayant qualifié d’ « extravagant congénital » dans son dernier livre (Laissez-nous faire ! Editions Robert Laffont), je vais évidemment nommer le Zèbre, même si à l’inverse de Thierry Lhermitte dans le film je ne pratique pas le bain de pieds à la fleur d’oranger quand je reçois un contrat de mariage.

Propos recueillis par Diego Olivares

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